RENCONTRES

Dans les coulisses de Citebeur

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Posted: 16 août 2014 à 12 h 28 min   /   by   /   comments (0)

Tu t’es toujours demandé comment se passaient les tournages de Citebeur et quels étaient les coulisses de tes films pornos gays préférés ? Stéphane, le boss et réalisateur du label, nous dévoile quelques-uns de ses petits secrets de fabrication.

Comment l’aventure Citebeur a-t-elle commencé ?

Je suis arrivé à Paris à 25 ans et je n’avais pas de diplôme. Au début des années 2000, je me suis retrouvé sans emploi et j’ai eu envie de me lancer dans un projet qui pourrait m’enthousiasmer. L’ idée était de faire un site où l’on pourrait voir des communautés qui n’étaient jusqu’alors que peu présentes dans l’univers gay. Avec un ami, nous avons commencé à faire un petit blog. On y trouvait des actualités sur le milieu gay multiethnique. Dès les premiers jours il y a eu beaucoup de visites. On s’est dit qu’il y avait peut-être là une opportunité de faire quelque chose de plus grand. Au début, il y avait des vidéos plutôt soft et puis petit à petit c’est devenu plus hot. Faire du porno sur cette thématique ethnique me paraissait à la fois intéressant et difficile : je n’étais pas certain de trouver des garçons susceptibles de participer, de se montrer. Ca s’est finalement passé plus simplement que je l’imaginais. Comme je suis moi-même rebeu, ça a beaucoup facilité les choses.

Comment définirais-tu l’esprit, le style, du label ?

Ce qui m’intéresse, c’est de montrer les gens tels qu’ils sont plutôt que tels qu’on aimerait qu’ils soient. C’est la ligne directrice de Citebeur, et c’est ce qui m’a toujours animé. Plutôt que de faire des films qui correspondent à des attentes, je veux capter ce qui se passe réellement dans un cadre qui soit le plus naturel et simple possible. Le site et nos productions s’adressent à tout le monde, notamment à ceux qui aiment les mecs de cité. Et pour les mecs de cité, cela permet d’avoir une autre représentation de la sexualité entre mecs. Citebeur propose d’autres modèles, plus proches de ceux des lascars, de la virilité. Nous avons plus de bad boys que nulle part ailleurs.

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Citebeur a toujours été « safe ». Pour toi c’est quelque chose d’important ?

Nous avons toujours tenu tête sur l’usage du préservatif car cela nous paraît fondamental de protéger les gens avec qui nous tournons. Si on faisait du bareback, on gagnerait une grosse part du marché. Mais on ne le fait pas. C’est un choix, une philosophie, un mode de vie. On travaille avec beaucoup de mecs qui pour la plupart sont issus des classes populaires. C’est d’autant plus un devoir d’être attentionné et de veiller à leur bonne santé. Quand on travaille avec des gens, la priorité c’est d’assurer leur sécurité. Pour moi, c’est la base. Nous n’avons jamais enfreint cette règle et c’est une vraie fierté. Nous sommes aussi les premiers en France à avoir fait des spots de prévention, une BD porno avec des capotes… Et on ne bougera pas là-dessus tant que le Sida existera.

Peux-tu nous raconter comment se passe le tournage d’une scène Citebeur ?

Les scènes Citebeur sont brutes de décoffrage. Déjà, tous les modèles se choisissent entre eux. Pour moi c’est fondamental : pour avoir une bonne scène, il faut que les mecs se plaisent. Je veux obtenir à l’écran le plus grand degré d’excitation possible. Une fois qu’ils se sont choisis, on se rencontre et on tourne. Je ne dis rien, je n’impose rien, je me contente de filmer, en continu. La majeure partie du temps, je tourne ma scène en 25-30 minutes. Je suis très rapide car je ne fais pas tourner des comédiens. Les mecs de Citebeur sont des gens vrais. Il n’y a pas de scénario, pas de mise en scène, pas de discours à avoir. C’est très spontané. Personne n’a jamais pris de Viagra ou fait des injections, ça n’existe pas chez nous. Ce sont des vrais plans cul.

Comment choisis-tu tes modèles ?

Pour les modèles actifs, encore aujourd’hui il m’arrive de repérer des mecs dans la rue. Pour les modèles passifs, on reçoit énormément de candidatures, et du monde entier ! Par an, ça doit tourner autour de 4000. Ceux que je vais choisir, ce sera avant tout des mecs motivés plutôt que des mecs qui ont un super physique. Pour moi la motivation prime avant la beauté. Un mec très beau et pas assez motivé, ça donnera un mauvais film. Il faut que le mec qui postule soit équilibré, ait les idées claires et qu’il sache bien où il met les pieds : quand tu postules pour Citebeur, tu sais que tu ne vas pas tourner dans un loft de 800 m2 avec jaccuzi et piscine. Ce n’est pas nous. Je crois que je n’ai jamais eu en plus de 13 ans la moindre galère, le moindre problème avec un modèle. J’aime les gens avec qui je travaille et je ne les considère pas comme de la marchandise.

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Citebeur, ce sont aussi des lieux de tournage particuliers. Comment trouves-tu tous ces endroits ?

Je suis un fouineur :) Je fais des recherches, je demande à des connaissances pour tourner dans leur parking, leur hangar… Pour moi, un bon film, c’est un film où il doit y avoir du risque. S’il y a du risque, il y a de l’excitation. Il est arrivé plusieurs fois qu’on tourne dans des lieux où nous avons été surpris. J’ai déjà été attrapé par des policiers, des pompiers… On a même vécu une course poursuite du côté de Bobigny avec un maître chien qui surveillait un local sur lequel on avait fait un tournage à l’arrache ! On a déjà eu peur mais on s’en est toujours sorti et tout s’est toujours bien passé. C’est pour ça aussi que je te parlais de motivation. En tournant, je teste un peu les mecs. Il y en a, ce sont des aventuriers, ils n’ont pas peur d’aller s’exhiber à droite à gauche. D’autres vont être plus nerveux et préféreront tourner dans un cadre plus confiné comme dans une cave dont j’aurai les clés. Quand je trouve un lieu, j’en profite, je l’optimise à mort. Car pour la plupart, ce sont des lieux éphémères, qui peuvent disparaître très rapidement. Ils ferment, les graffitis changent, ils sont détruits, reconstruits… Ces lieux font partie intégrante de l’univers et de l’esprit de Citebeur.

Que peut-on attendre de Citebeur pour les prochaines années à venir ?

On ne changera pas notre style. Mais il n’est pas exclu qu’on le pousse plus loin, plus fort. Comme par exemple porter à un autre niveau les délires qu’on peut se faire dans une cave. Organiser une orgie dans un hangar pendant deux jours, ça me plairait bien aussi… Peut-être qu’un jour je ferai un film plus gros, plus produit. Je me laisse le temps pour ça. Mais en tout cas, ce ne sera pas quelque chose de très écrit. Si tu commences à dire au mec : « Fais-ci ,fais ça, comme ça… », tu perds le naturel. Les autres labels vendent du rêve, moi je vends de l’excitation. En tant que réalisateur, je me vois comme quelqu’un qui s’adapte à son modèle et non l’inverse. Je ne suis pas là pour sublimer le mec et le faire tourner pendant des heures. Je suis là pour le rendre le plus excitant possible.